Débusquons l'incestuel au sein des familles dysfonctionnelles

(Mon livre) Introduction

Comme promis, voici  l’introduction de mon livre …

 

Introduction

Il existe des violences qui ne laissent pas toujours de traces visibles.

Des violences qui ne prennent pas nécessairement la forme d’un acte brutal, clairement identifiable, immédiatement nommable. Des violences qui s’installent dans une ambiance, dans une manière d’être en famille, dans des habitudes si anciennes qu’elles finissent par paraître normales. L’incestuel appartient à cette zone trouble.

Il ne s’agit pas ici de parler d’inceste au sens pénal du terme, ni de réduire toutes les familles dysfonctionnelles à une même réalité. Il s’agit d’interroger un climat : un climat où les places se confondent, où l’intimité de l’enfant n’est pas suffisamment respectée, où le parent utilise parfois l’enfant comme confident, soutien, prolongement de lui-même, ou substitut affectif. Un climat où l’enfant peut être exposé à des paroles, des gestes, des situations ou des responsabilités qui ne correspondent pas à son âge, à sa place, ni à ses besoins. Ce qui rend l’incestuel si difficile à reconnaître, c’est précisément qu’il peut se présenter sous des formes banalisées : une confidence “parce qu’on est proches”, une intrusion “parce qu’on est en famille”, une absence de pudeur “parce qu’il n’y a rien de mal”, une dépendance affective “parce qu’on s’aime”. Tout peut sembler justifié, logique, presque naturel. Et pourtant, quelque chose dérange. Quelque chose pèse. Quelque chose empêche l’enfant, puis l’adulte qu’il devient, de sentir clairement où il commence, où l’autre s’arrête, et ce qu’il a le droit de refuser.

Reconnaître l’incestuel est d’autant plus complexe que l’enfant a souvent baigné dedans depuis toujours. Il n’a pas de point de comparaison. Il ne sait pas que d’autres familles fonctionnent autrement. Il peut ressentir un malaise profond sans parvenir à le formuler. Il peut aimer ses parents, leur être attaché, dépendre d’eux matériellement, affectivement ou physiquement, tout en sentant qu’il est pris dans quelque chose qui l’étouffe. Cette difficulté est encore plus grande lorsque la dépendance est réelle : maladie, handicap, précarité, isolement, absence de soutien extérieur. Dans ces situations, dire à quelqu’un “il suffit de partir” ou “il faut couper les ponts” peut être violent, parce que cela ne tient pas compte de l’emprise, de la peur, de la culpabilité, ni des contraintes concrètes. On ne sort pas d’un climat incestuel par une simple décision. On commence souvent par en prendre conscience. Puis par mettre des mots. Puis par chercher, pas à pas, comment se protéger.

Ce livre est né de cette nécessité : nommer ce qui reste trop souvent confus. Il ne cherche pas à condamner les familles, ni à dresser un réquisitoire contre les parents. Il cherche d’abord à éclairer. À donner des repères à celles et ceux qui ont grandi dans des relations familiales envahissantes, ambiguës, intrusives, mais qui n’ont jamais su comment les qualifier. À celles et ceux qui se sont longtemps demandé : “Est-ce normal ? Est-ce moi qui exagère ? Pourquoi est-ce que je me sens si mal alors qu’il n’y a peut-être rien de clairement condamnable ?” Car l’un des effets les plus destructeurs de l’incestuel est là : il brouille la perception. Il empêche parfois de faire confiance à son propre ressenti. Il enferme dans le doute, dans la loyauté, dans la culpabilité. L’enfant devenu adulte peut passer des années à chercher une explication à son mal-être, sans parvenir à relier ses difficultés à ce climat familial originel. Mettre des mots ne répare pas tout. Mais cela ouvre une brèche. Cela permet de comprendre que le malaise avait une raison. Cela permet de distinguer l’amour de l’emprise, la proximité de l’intrusion, l’aide de la captation. Cela permet aussi de commencer à se protéger. Se protéger ne signifie pas toujours partir du jour au lendemain. Ce peut être, selon les situations, prendre de la distance, limiter certaines confidences, refuser certaines intrusions, chercher un soutien extérieur, retrouver une autonomie financière ou matérielle, consulter un professionnel formé au traumatisme, ou simplement commencer à se dire intérieurement : “Je n’étais pas responsable de ce climat. J’ai le droit d’exister séparément.”

J’ai choisi le dessin parce que certains vécus doivent être montrés pour être compris et parce que l’image peut rendre visible ce que les mots seuls ne suffisent pas toujours à transmettre. Une scène apparemment banale peut contenir, pour l’enfant qui la vit, une violence immense. Le dessin peut aider à faire apparaître cette violence.

J’écris cet ouvrage pour que ce qui a été confus devienne plus lisible, pour que ce qui a été minimisé retrouve sa gravité, pour que ceux qui se reconnaîtront dans ces pages se sentent moins seuls. Et pour que des mots puissent enfin être posés là où, jusqu’ici, il n’y avait qu’un malaise sans nom.

 

Ce livre se construit en cinq étapes complémentaires. D’abord, nous définissons ce qu’est l’incestuel et les mécanismes qui le caractérisent. Ensuite, nous apprenons à en repérer les signes et les différentes manifestations. Nous mesurons ses conséquences concrètes aux différents âges de la vie. Puis, nous explorons la manière dont une personne peut reconnaître l’incestuel dans son propre vécu et amorcer un chemin de reconstruction. Enfin, une partie consacrée aux questions et réponses vient éclairer certaines zones d’ombre et approfondir la réflexion.

 

 

Sommaire

 

Partie I Comprendre l’incestuel

Partie II Repérer les signes de l’incestuel

Partie III Mesurer les conséquences de l’incestuel

Partie IV Reconnaître l’incestuel dans son vécu et se reconstruire

Partie V Questions/réponses autour de l’incestuel

 

A bientôt pour lire le 1er chapitre …

Comprendre l’incestuel

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